Entretien avec Luc MARIANNI
par Claude CHEMIN, journaliste, peintre et musicien.

 

Comment es-tu venu à la musique? Une musique qui n'était pas évidente, même dans les années 80, plus aventureuse que celle que nous connaissons maintenant.

Je suis venu à la musique à l'âge de trois ans, lorsque j'ai commencé à chanter. Puis ce fut mon premier disque, le Concerto N°1 de Tchaïkowsky. En 65, j'ai découvert Michel Polnareff. En 69 eut lieu une deuxième révélation : Pink Floyd. Il y eu Tangerine Dream et Ash Ra Tempel en 72. Voilà en bref les gens qui ont participé à ma vie, à mes rêves d'enfant et d'adolescent. J'aurais pu rajouter Emerson Lake & Palmer, Genesis, Renaissance. Je fus ainsi amené à apprendre le solfège, la guitare classique, la guitare électrique, les synthétiseurs et à faire de nombreux stages au GRM de musique électroacoustique, à prendre des cours de chant, à travailler avec les ordinateurs et les samplings.

Ta carrière est aventureuse et diversifiée, mais tu n'as jamais baissé les bras puisque tu as créé tes propres labels, et continué d'éditer une musique hors des circuits habituels, et sans concession. Peux-tu nous parler de ces aventures?

Cela s'est fait inconsciemment: peut-être est-ce le désir secret de réaliser tout par moi-même en restant toujours en contact avec l'extérieur, les gens qui m'ont aidé musicalement à réaliser mes projets. Essayer d'être maître de ma vie professionnelle a toujours été mon objectif, en musique comme dans ma profession de psychothérapeute. Avoir un libre arbitre et ne m'en prendre qu'à moi si je connais des échecs. C'est une sensation forte même si cela demande une persévérance de chaque instant.

En utilisant des bandes radios ou TV, cherchais-tu à montrer quelque chose de particulier, à dénoncer avec ironie une forme de médiatisation entraînant la banalisation des transmissions et des relations? ou était-ce une attirance pour les formes sonores pures de ces extraits?

Non, je ne cherchais rien à démontrer. Les enregistrements télévision ne sont pas là par hasard. Le but premier était de réaliser un concept album sur la télévision, de jouer avec les voix, les sons, les instruments, les ambiances, les bruits, les compositions...afin de créer une tonalité, une ambiance, un voyage.

Que s'est-il passé de 1986 à 1996? Tes activités actuelles et ton orientation semblent très différentes de celles qui te guidaient dans les années 80. As-tu continué à faire de la musique pendant ces années? Laquelle?

Justement, suite à ce changement radical de direction dans ma vie et cette réflexion sur moi, j'ai revendu mon matériel analogique, mon home studio, et j'ai commencé à travailler sur des ordinateurs, des synthétiseurs et des expandeurs...Cela m'a demandé deux ans de travail. Après avoir appris cette nouvelle technologie, j'ai composé pendant six ans, de 1978 à 1993, des mélodies, des musiques de courts métrages et des musiques de relaxation. Durant cette période j'ai composé une centaine de nouveaux morceaux dont une cinquantaine prête à être enregistrée. J'ai commencé "Up & Down" en 1991. Sa réalisation m'a demandé trois ans. L'album a été fini en 1994 au niveau instrumental. Dans la démarche et l'élaboration il a été enregistré quatre fois: deux fois en programmation avec une relecture complète de l'harmonie par l'arrangeur Emmanuel Raffin, une fois en vingt-quatre pistes analogiques, où les instrumentistes ont posé une première fois leurs instruments, et en digital quarante-huit pistes à Davout. Puis il m'a fallu deux ans pour trouver la chanteuse que je recherchais, après avoir travaillé avec deux autres chanteurs. J'ai même envisagé de le chanter moi-même, mais mon anglais n'était pas assez bon.


Pourquoi "Seltae Beat"? Est-ce un groupe, un collectif?

Seltae Beat est la réunion de "celte" et d'une terminaison latine. Signe que je me reconnais à la fois dans les cultures du Nord et du Sud, tout comme "Up & Down" qui traduit la notion d'opposés. L'harmonie, à mon sens, se trouve au centre, une fois que l'on a connu les extrêmes. Dans ce mot Seltae Beat, les lettres forment aussi un anagramme que je te laisse deviner. Seltae Beat n'est pas un groupe de personnes fixes.C'est davantage un nom qui regroupe l'ensemble de mes projets dont je suis un peu le point central. J'essaie de regrouper à chaque expérience, des personnes qui acceptent de travailler avec moi. Mon prochain album "EBB & FLOW " regroupera d'ailleurs de nombreuses personnes. C'est pour cette raison que j'ai adjoint un nom de groupe à mon nom. L'idée de départ vient toujours de moi ainsi que la synthèse, d'où ma passion pour les synthétiseurs, mais la création et la réalisation résultent d'un ensemble de personnes. Pendant quatre ans, un nombre incroyable de personnes a contribué à la réalisation de l'album "Up & Down", et je suis fier d'avoir participé à ce regroupement.